Alpinisme estival/hivernal, Écrins – 20&21/06/2020

Après ces longues semaines de repos forcé par la pandémie de COVID-19, il est temps pour nous de reprendre notre formation et le chemin des hauts sommets. Objectif du week-end : le Râteau par la traversée de l’arête Nord-Est, depuis le refuge du Promontoire. Une belle course, longue et esthétique, avec des terrains variés en neige, rocher et glace : un beau projet de formation ! Nous retrouvons donc samedi matin sur le parking de la Bérarde nos super guides du weekend, Maxime Fiorani et Sébastien Escande. Après un rapide tour du groupe, la forme est mitigée, et il faudra s’adapter à cette situation particulière. La reprise de la montagne a été compliquée, et certaines n’ont pas encore pu repratiquer à la sortie du confinement. Mais fidèle à elle-même, la montagne nous réservera une reprise haute en couleur !

Nous nous mettons donc en direction du refuge du Promontoire (3 092 m). Les sacs sont lourds, les pieds ne font preuve d’aucune coopération pour rentrer dans les chaussures d’alpinisme, trop habitués aux tongs de confinement, mais les sourires sont là. Nous avons hâte de découvrir ce refuge au pied de la mythique Traversée de la Meije. Et nous seront largement récompensées ! Le sentier remonte un torrent dans un vallon magnifique, avec la Meije en toile de fond. Nous croiserons même un troupeau de chamois. C’est bon d’être de retour !

La team au complet sur la terrasse du Promontoire avec nos guides Seb et Max – © GFHM

Il reste encore beaucoup de neige en altitude cette année, et les dernières pentes raides sous le refuge requièrent toute notre attention. Nous décidons de remonter dans la trace d’une ancienne avalanche afin de limiter les risques de déclencher une coulée en ces heures chaudes de l’après-midi. Seb nous apprend comment estimer l’état du manteau neigeux en observant les boulettes qui roulent dans la pente. 

Formation nivologie improvisée par Seb – © Maxime FIORANI

Seules 2 autres cordées nous rejoindront au refuge qui n’est pas encore gardé. La fin d’après-midi est consacrée à la révision des manips de cordes, à la préparation des sacs et de la course du lendemain, mais surtout au repos. Nous ne sommes pas acclimatées, et la course se déroule entièrement au-dessus de 3 000 m d’altitude. Le départ est prévu à 4h le lendemain, la nuit risque d’être courte et la journée longue !

Le lendemain, il fait encore nuit quand nous nous dirigeons à la lumière des frontales sur le glacier des Etançons vers la brèche de la Meije (3 367 m). Elle est en très bonnes conditions cette année du fait des quantités de neige généreuses (la saison de ski de rando aurait pu être mémorable !). Nous remontons le couloir sans trop nous attarder et le lever de soleil nous surprend à la brèche, illuminant les sommets alentours. La vue est saisissante et nous apercevons les vallons de la Meije au-dessus de la Grave.

La vue au lever du jour sur les Aiguilles d’Arve et le Mont Blanc – © GFHM

Nous utilisons les rappels en place pour descendre sur le glacier de la Meije, jugeant la désescalade trop aléatoire à 9. Nous chaussons alors nos Snowplaks, prêtés pour l’occasion par Seb, permettant d’avoir l’accroche des crampons tout en nous évitant de trop nous enfoncer dans la neige. Nous traversons le glacier et nous remontons une arête neigeuse à 35° pour arriver au pied de l’arête rocheuse. Jusque-là nous avions été épargnées par le vent du Nord, mais le voilà qui fait son entrée, glacé, pour ne plus nous quitter de la journée ! 

Traversée du glacier de la Meije sous le regarde de la face nord de cette dernière – © GFHM
Premier contact avec l’arête NE du Râteau qui s’annonce bien plâtrée !  – © Maxime FIORANI

Une courte goulotte, raide et glacée, heureusement équipée d’une corde fixe, nous permet de prendre pied sur l’arête. Cette dernière est très enneigée pour la saison, et est vierge de toute trace. Un gros travail de traçage et de déblaiement sera nécessaire pour trouver où mettre des points et où faire des relais (merci à Max pour toute son énergie !). La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y aura pas trop de protections à poser ! La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y aura pas trop de protections où s’assurer. Mais tant que les membres de la cordée évoluent de chaque côté de l’arête, tout va bien ! Enfin c’est ce qu’on essaye de se dire !  

Préparation des cordées à l’abri du vent avant d’attaquer la traversée de l’arête – © GFHM
Ambiance sur l’arête – © GFHM

Bon, on ne va pas se mentir, c’est un peu l’apocalypse, et on se caille méchamment. Les rafales de vent du nord à 50 km/h nous fouettent le visage, coincent les cordes sous les congères et nous empêchent d’entendre les conseillent des guides. On n’est pas bien là ?? Mais quelle ambiance ! Notre formation alpinisme hivernal annulée à cause du confinement a finalement eu lieu mi-juin ! Heureusement, la vue est 5 étoiles, le soleil au beau fixe, on apprend mille choses et on avance, lentement mais sûrement. La traversée se termine par la magnifique antécime, heureusement plus impressionnante de loin que de près. 

Marie P. profite de la vue et de la fraîcheur de l’été – © Maxime FIORANI
Les quatre cordées dans la partie finale de l’arête qui monte à l’antécime – © GFHM

Il est déjà tard quand nous sortons de l’arête, aussi nous décidons d’entamer directement la descente. Nous empruntons la voie normale par l’arête sud, elle aussi très chargée en neige et vierge de toute trace. Eh bien on la fera cette trace ! Une magnifique arête de neige, une traversée raide un peu exposée qui nous oblige à rester bien concentrées, une dernière portion de désescalade en rocher et nous voilà à la brèche du Râteau (3 235 m). 

La chance nous sourit alors ! Le couloir versant Est est en condition, évènement rare ! Les avalanches récentes nous permettent même de descendre très bas, nos genoux en sont très reconnaissants ! Cela nous permet aussi d’éviter un retour par le vallon de la Selle, et de gagner un temps précieux. Un petit couloir à 45° pour finir, où nos précieux guides nous montrerons comment descendre à la valaisanne (on aura vraiment tout vu pendant cette journée !), et nous voilà au refuge du Chatelleret. Nous n’avons plus qu’à rejoindre le parking de la Bérarde, mi-marchant mi-dormant, et nous arrivons à la voiture après 17h de course ! 

Un grand, énorme, immense merci à nos 2 guides du week-end, qui ont veillé sur nous durant ces 2 jours à l’ambiance hivernale, nous prodiguant conseils (par oral ou par mime en fonction du vent !) et encouragements pour ce « chantier » dont le GFHM a le secret !  Le Râteau est une course magnifique et complète, riche en apprentissages, que nous vous recommandons vivement ! Et le refuge du Promontoire vaut largement le détour à lui tout seul !

Superbe reprise des activités pour le GFHM en mode hivernale pour le solstice d’été – © GFHM

En attendant, nous nous reposons et nous nous préparons pour notre prochaine étape de formation, le camp d’alpinisme en Bernina du 14 au 21 juillet !

A bientôt en montagne !

Zoé avec Gaëlle, Lara, Marion, Marie J., Marie P. et Faustine.

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