Fondamentaux Neige Rocher, La Meije, Ecrins – 2-3-4/07/2021

Deux semaines se sont écoulées depuis notre dernière aventure au Pic de la Grave et nous voilà de retour dans la capitale mondiale du soleil : les Hautes Alpes !! En vraies jeunes trentenaires hyperactives et organisées, nous nous étions projetées sur une avant soirée dans le jacuzzi mi-luxe mi-recup de ChaCha à Cham. Mais la météo pourrie sur Chamonix nous a ramenée dans les Ecrins.                                                                        

Leçon numéro 24 : absence de projection – improvisation – adaptation.

Vendredi 7h00 : nous nous retrouvons sur notre parking préféré du téléphérique de la Grave, nous sommes surexcitées de nous revoir et nous sautons au cou de nos guidos préférés à coup de câlins et bisous forcés. Nous finissons à la va-vite nos sacs en hésitant, non pas entre le rouge à lèvres Chanel et le vernis à ongles Gucci, mais entre le friend numéro 2 et 3. Passage obligé pour la pesée devant Max, heureusement pour nous, c’est à nos sacs qu’il s’intéresse et non à nos excès de tartiflette de l’hiver !

Les bennes sont un bon moyen de se réveiller et de rêver à notre prochaine course : l’arête sud-est de la Meije, l’occasion pour nous de jouer aux alpinistes, entre neige, crevasses et rocher. Pour commencer, Seb a essayé de nous perdre dans les Enfetchores, concept plus connu sous le nom de s’« enfetcher » (à prononcer avé l’accent du sud), ou comment se paumer dans un dédale de beau rocher et de vires enneigées. Au pied de cette face, nous découvrons une grosse crête rocheuse de 600 mètres qui nous paraît bien trop verticale et dont le chemin va être difficile à déchiffrer. Nous avançons avec précaution, encordées deux par deux, Seb et Max ayant pris grand soin de rester derrière pour nous observer nous perdre. 

Evolution dans les Enfetchores – Ecrins- © GFHM

Une fois arrivées au sommet, nous pénétrons enfin sur le glacier immaculé et majestueux de la Meije. C’est le moment de tester nos pisse-debout : Vaness s’y colle mimant à merveille la posture masculine, en vain… Nous l’observons tous en gloussant en évitant de peu d’avaler de travers nos premiers bouts de fromage. Après ce premier échec urinaire lamentable, nous nous remettons en route vers la brèche de la Meije, dernière grosse étape de la journée avec le franchissement de la rimaye qui mit à rude épreuve notre souplesse et nos adducteurs.

Avant de redescendre par le versant sud dans le Vallon des Etançons, une dernière pause pique-nique s’impose. Et c’est dans un fou-rire collectif à se faire pipi dessus que notre Täte nationale explosa un œuf frais qu’elle avait transporté dans son sac depuis le matin entre ses crampons et son piolet. Leçon numéro 42 : ne jamais voler de bouffe au buffet du petit dej !

15h : Le voilà. Fièr. Beau. Perché. Le refuge du Promontoire.

C’est avec beaucoup d’émotions que nous arrivons dans ce lieu emblématique des Ecrins. Et juste en dessus, la reine Meije qui nous observe et nous fait de l’œil.

Arrivée au Refuge du Promontoire – Ecrins- © GFHM

Après une omelette pour nos guidos, une sieste pour les travailleuses et une séance d’UV sur la terrasse du refuge pour les autres, un debriefing s’impose. Ces échanges sont riches, nous revenons sur nos choix d’encordements, notre progression en corde pas assez tendue et surtout, nous élaborons 15 plan B pour le lendemain. 

La tradition de la météo pourrie des week-end GFHM se confirme. Après étude de 36 modèles météorologiques, après appels de 13 refuges du secteur, nous élaborons plusieurs portes de sortie. Même si la Meije nous fait rêver, nous devrons être prêtes à partir à l’assaut d’autres montagnes si les orages se pointent demain matin. Ça nous donne l’occasion d’approfondir la lecture des cartes et revoir quelques notions de nivologie. Après ces nœuds au cerveau, accompagnés de quelques bières locales qui font mal à la tête, les discussions vont bon train. Nous décortiquons le vocabulaire montagnard, à coup de dément, majeur et mythique en nous moquant un peu beaucoup de nous-même et de l’égo surdimensionné de certains guidos Chamoniards. Encore quelques leçons de psychologie féminine et à 21h nous filons déranger discrètement tout le dortoir à base de derniers potins amoureux.

Samedi 3h : Endormies mais motivées comme jamais, nous engloutissons une bonne dose de caféine, la journée s’annonce longue..

Frontale vissée sur le casque, crampons aux pieds, l’éternelle question « doudoune ou goretex ? », nous progressons sur le glacier en face sud de la Meije, encordées à 15 mètres, dans un noir absolu et dans un silence cérémonial en direction de la Brèche Casimir Gaspard. La petite brise matinale, le crissement de nos pieds sur la neige à peine regelée à cause du vent déjà fort, la crainte de devoir faire demi-tour, le contournement des séracs juste au-dessus de nos têtes. Tout est là. C’est pour cette ambiance que nous sommes tous ici. Pour cette concentration, cette attention, cette tension, cette fatigue, cet essoufflement. Cette beauté.

Passage de la rimaye sous le col du Pavé – Ecrins @Maxime Fiorani

Notre Lulu, infirmière aux urgences à ses heures perdues, n’est pas très en forme. L’altitude et les dernières nuits à l’hosto ont eu raison d’elle, elle semble présenter les symptômes classiques du mal des montagnes : nausées, essoufflement, grande fatigue générale, tachycardie. Ni une ni deux, nous vidons son sac et Max, lui aussi infirmier à ses heures perdues, lui fit ingurgiter un cocktail détonnant à base de corticoïdes et autres drogues addictives.

Nous franchissons enfin la rimaye au petit jour et nous nous arrêtons pour la première fois quand la pente fut plus douce pour faire le point tant attendu.

Meije ou pas Meije ?

Malgré nos envies et notre motivation sans faille, ça ne sera pas pour aujourd’hui. La déception est de taille mais nous apprenons la leçon numéro 46 : renoncer et rebondir.

Et hop dans un branle-bas de combat, nous changeons de plan.

Le froid a déjà commencé à nous saisir, le vent se lève, nous éteignons nos frontales et nous enfilons toutes nos couches (merci les sponsors !). Nous nous dirigeons vers le col du Pavé où le vent souffle extrêmement fort. L’agitation est là, nous sommes fatiguées, déçues, frigorifiées et il faut à présent franchir une pente enneigée exposée aux chutes pour basculer de l’autre côté et se mettre à l’abri des rafales.

Ni une ni deux, nos deux guides sur-efficaces se mettent à creuser un trou dans la neige et à y former un champignon qu’ils entourent de la corde afin de nous poser une main courante pour assurer notre descente vers le glacier Supérieur des Cavales. Nous sommes observatrices de leur efficacité et leur imagination. Encordées par trois, nous descendons dans la neige puis le long du rocher, avec concentration, dans le vacarme du vent, en communiquant par des signes grossiers, emmitouflées sous nos capuches et nos gros gants.

Descente sur main courante du Col du Pavé – Ecrins- © GFHM

7h30 : nous posons nos culs dans la neige pour la première fois.

Nous avons déjà l’impression d’avoir vécu une journée entière.  Le sang circule à nouveau dans nos extrémités, nous sommes épuisées et avons l’impression d’avoir fait une expédition au Groenland.. Le refuge du Pavé, juste en bas, nous nargue de ses bonnes omelettes mais Seb et Max nous dégotent une belle arête rocheuse encore jamais grimpée.

« Ça vous dit de grimper un truc rapide, facile et encore jamais exploré ? »

Comment résister ? Nous les suivons en traînant la patte, il faut l’avouer, la sieste et la bouffe au Pavé nous attirant davantage…

8h30 : Et c’est parti pour une nouvelle aventure !!

Nous évoluons sur cette jolie arête au rocher pourri typique de l’Oisans, dans un vacarme incessant de chutes de pierres, maîtrisé par l’art du ménage de nos deux guides, qui prennent un malin plaisir à dégager toutes les pierres menaçantes. Il nous fallut nous habituer à ce bruit angoissant et cette odeur de brûlé, tout en slalomant sur l’arête, en tentant de poser des protections  à coup de sangles et de friends, en évitant les jets de cailloux et les cris des copines et en priant Saint Pierre du fermoir de mon sac pour que la pluie ne se mêle pas à ce KO.

Miracle morning – Ecrins @Maxime Fiorani

Pour atténuer ce climat de tension et de suspens fou, nos guides jouaient aux funambules entre nos cordées pour nous corriger et surtout nous rassurer. Chacun son style : Max était devant à chercher une sortie en rappel pendant que Seb, derrière, mimait une cueillette de génépi, pour notre future vente de digeo (quand nos sponsors nous auront lâchés), et confectionnait des cairns à foison pour retrouver un jour notre chemin sur cette arête.

Après 4 heures de lutte, de recherche d’itinéraire, nous sommes tous redescendus sains et saufs, reconnaissantes envers nos 2 guidos, malins, courageux et un peu fous !!

La synchronisation et le style avant tout – Ecrins @Maxime Fiorani
Retour sur terre et découverte du carnage post-jardinage – Ecrins- © GFHM

Nous appellerons cette nouvelle voie « Miracle Morning », en mémoire du récit des matins difficiles de notre belge favorite Vaness plus connue sous le nom de La Vane !

Et c’est fières et épuisées mais très heureuses que nous avons enfin mangé notre omelette baveuse au refuge du Pavé, 5h plus tard, en racontant avec excès d’enthousiasme à la gardienne notre aventure à 200 mètres de son refuge. Il reste néanmoins un dernier challenge : rentrer à Villar d’Arène 1200 mètres plus bas à travers une très belle mais très longue descente jusqu’au village et sous une pluie battante, sinon ça serait trop facile.

A 18h, nous sommes tous au chaud dans la charmante maison familiale de Lulu, qui a déjà gagné son statut de logement officiel du GFHM.

Notre Lulu’n’B pref – Nouveau QG du GFHM @Maxime Fiorani

Burger, frites maison, bières et debrief sur la journée et les immanquables 15 plans pour le lendemain nous ont bien occupés. Même météo, mêmes nœuds au cerveau.

Dimanche, 6h00 : Le « Miracle Morning » n’opère pas ce matin mais nous enfilons nos culottes les plus épaisses pour aller jouer au ventriglisse  sur les névés du col du Galibier.

Résumé du concept : simuler des chutes sur une pente enneigée choisie avec soin par nos deux hommes préfères, s’élancer le plus brutalement possible pour surprendre notre partenaire de cordée et être sûre de l’embarquer avec nous dans une chute infinie, éviter les coups de pieds et les sauts périlleux (Elo nous a fait une belle démo), et dégainer le plus vite possible son piolet pour stopper la chute irrémédiable.

S’en suit à coup sûr des fous rire à s’en faire mal aux abdos (qu’on croyait pourtant inexistants), des fringues trempées jusqu’au string panthère et des brûlures sur le pli fessier.. Bref, pas de course en montagne ce jour à cause de la pluie certaine mais de beaux apprentissages pour éviter les chutes (tenter, au moins) et prendre conscience de l’importance de la tension de la corde.

Cascadeuses de l’extrême – Col du Galibier @Maxime Fiorani

Nous finirons ce beau week-end autour d’un traditionnel pates-bolo dans la maison de Lulu, émues et heureuses de tous ces beaux moments et aventures déjà vécues ensemble. L’humanité, la symbiose du groupe, la solidarité, les fous-rire seront les maîtres-mots de ce week-end.

Et une chose est sûre, nous reviendrons à la Meije toutes ensemble et nous languissons déjà notre prochaine aventure !!

Adeline, Cyrielle, Lucille, Vanessa, Maria, Charlotte, Elodie et Sophie

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