Colère du Ciel et Ateliers Créatifs

Nous partons pour un beau projet en face sud du Mont Blanc : la voie Ottoz-Hurzeler à l’aiguille Croux. Départ vendredi aprem pour battre la foule, et nous montons au refuge Monzino en suivant le beau parcours ludique qui zigzague entre cascades, vias ferratas(vie ferrate ?) et chamois. C’est le grand luxe en haut, nous avons presque le refuge pour nous seules et une vue imprenable sur le projet du lendemain, un peu dans la brume du soir. Après avoir repéré l’approche, on fait fondre la neige en apprenant le topo, puis dodo dans nos lits qui structurellement se rapprochent plus du hamac.

Le lendemain départ aux aurores direction le pied de l’aiguille, on arrive rapidement de l’autre côté du petit glacier, en même temps qu’une légère neige commence à tomber. Il en faut plus pour nous décourager. On cherche le pied de la voie, en constatant que la paroi est encore bien trempée suite aux dernières pluies, mais on va trouver un passage au sec, pas de doute. Il en faut plus pour nous décourager.

Et soudain, le bruit du tonnerre. Bizarre, il n’y avait pas d’orage prévu, et c’est assez inhabituel quand il neige… La pensée suivante : la montagne entière doit être en train de s’effondrer, ça ne doit pas être drôle à voir, on n’aimerait pas être dessous. On regarde autour de nous pour situer l’origine du bruit, mais pendant quelques secondes, rien ne bouge. Puis on les voit : juste au-dessus de nos têtes, projetés du haut de l’aiguille, déboulent d’énormes blocs de granit qui fendent l’air en tournoyant. Et il viennent droit sur nous. Un moment de bug : je n’avais pourtant pas prévu de mourir aujourd’hui, il doit y avoir une erreur. Et puis la voix d’Amandine : “PLANQUEZ-VOUS !!” On se jette chacune derrière le premier béquet venu, on rentre la tête et les jambes comme on peut, et on prie. Silence entrecoupé des bruits d’impacts qui laissent des cratères blancs sur la paroi et en aval de nos cachettes. Quelques minutes qui nous semblent une éternité. “Attendez avant de sortir !” Et puis enfin : “Tout le monde va bien ?” Les jambes tremblantes, on constate que nous sommes toutes indemnes. C’est inespéré.

Cette fois, il n’en faut pas plus pour nous décourager. “Ça va ? Rien de cassé ? Vous vous sentez de marcher ? Allez, lucides, concentrées, on se casse !” Au refuge, on débrief toutes ces émotions, on rigole avec quelques larmes au coin des yeux, et puis on décide que ça suffit, il est temps de laisser à nos nerfs le temps de souffler.

Redescente en vallée où on retrouve Kim pour une séance baignade, documentaire sur les sommets environnants et peinture sur verre improvisée, des choses paisibles surtout.

Le lendemain nous sommes requinquées, on part dans les gants rouges du cardinal dans la pointe Dzérat, très jolie voie toute en canelures et une dalle splendide, dans du rocher apparemment bien compact ! Note pour la prochaine fois : vérifier avant de partir qu’on a bien pris les cordes, ça nous évitera quelques détours…

Encore un week-end génial, l’ambiance dans le groupe ne fait que se renforcer, on pointe quelques doigts vers Didine et Matchilde, qui bizarrement sont toujours de la partie quand on se prend l’orage, la couche fragile ou des frigos sur la tête… Coïncidence ? En tout cas, jusqu’à maintenant, on en a de la chance !

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