Week-end alpinisme dans les Alpes Suisses, Trient – 31/08-01/09/2019

Vendredi 30 août, 22h, salon du QG à Servoz :

  • F : “En fait c’est un, deux, trois carreaux. Et t’atteris là ! Comme ça. –petit saut
  • L : Ah oui quand même.
  • F : Puis faut imaginer que t’as le vide des deux côtés. Et derrière le carreau aussi.
  • L : …
  • F : Mais faudra se dire que ça passe nickel dans la cuisine. Hop! –petit saut
  • L : –petit saut à son tour– Oui mais en plus tu as le sac à dos, avec le piolet, les crampons, le pic-nic et tout…
  • F : Ah ouais c’est vrai…”

Les dix minutes qui suivirent furent composées d’enchaînements de petits sauts dans le salon de la cuisine, sac chargé sur le dos… des fois ça passe, des fois non ! Vous avez l’image? Ça tombe bien, on vous embarque en week-end avec nous !

Samedi 31 août, 5h :
Réveil matinal. Nous partons en week-end de formation “alpinisme” en Suisse. Effectif réduit cette fois-ci côté équipe, nous ne serons que 4 ; mais effectif maximal niveau guides : nous aurons un encadrement quatre étoiles avec deux de nos guides, Julia et Maxime.

Départ de Champex-Lac, nous remontons la combe d’Orny, longeons le glacier du même nom jusqu’à atteindre le glacier du Trient. Fin août, celui-ci est principalement en glace, il ne subsiste que quelques rares névées. C’est l’occasion de revoir tous ensemble les bases de la progression sur glacier : encordement à deux ou trois, longueur d’encordement, noeuds ou pas noeuds sur la corde, cheminement, franchissement de crevasse, la méthode 3×3, etc.

Nous constatons une fois de plus que chaque guide à ses techniques et habitudes qui lui sont propres. Il n’y a pas une seule bonne façon de faire, mais plusieurs ; et l’important est de savoir s’adapter à la situation tout en restant logique. Nous écoutons leurs différents points de vue et en discutons, continuant ainsi d’ajouter des petits outils dans notre “boîte à outils spéciale montagne” … 🙂

Progression glaciaire sur le glacier du Trient – © Maxime Fiorani

Comme prévu, le mauvais temps commence à pointer son nez vers 14h. La semi-traversée des Aiguilles Dorées, course prévue initialement, semble compromise. Afin de mettre en lumière les différents éléments menant à une décision complexe, nous nous prêtons à un petit jeu de rôle : le jeu de Debono. Cet outil élaboré par l’ANENA, utilise “les six chapeaux de la pensée rationnelle” d’E. Debono, pour étudier différentes perspectives d’une même situation. Six chapeaux (ou casques…), un pour chacune (+Max) :

  • Marie, la factuelle : “Bon alors il est 14h, le temps est gris côté suisse, bleu côté français. Le vent souffle direction SW, le glacier est sec et le refuge à 15 minutes.
  • Lara, l’optimiste : Le ciel est encore bleu, le pied de la falaise n’est pas loin et le retour au refuge est rapide. Si nous décidons d’attaquer la première pointe il y a des rappels tous proches pour s’échapper rapidement s’il le faut.
  • Julia, la pessimiste : Le temps est hyper instable, la météo annonçait exactement ça hier. Les échappatoires sont pas nombreux sur la voie, si on s’engage ça va être galère, on va traverser le glacier sous l’orage avec plein de matériel métallique. C’est vraiment pas terrible.
  • Max, l’instinctif : Moi, je le sens pas.
  • Faustine, l’originale : Sinon là-bas il fait encore bleu et comme le vent va dans la direction opposée, on peut très bien imaginer que ça va rester comme ça encore quelque temps. Donc on peut continuer la progression glaciaire par là-bas, et si l’orage pète, on pose tous les piolets, crampons et broches, on fait un tas de toute façon vu l’état du glacier on peut progresser sans, et on vient les récupérer demain. –évidemment, gros fou rire de tout le monde…
  • Marion, l’esprit de synthèse : Si je résume, la météo est assez incertaine et on a pas envie de se retrouver sur le glacier sous l’orage. On peut très bien faire demi-tour et partir sur le plan B prévu initialement qui était pitonnage et révision rocher autour du refuge… ”

C’est ainsi que la fin d’après-midi s’est déroulée aux alentours du refuge entre pitonnage, relais triangulés en terrain d’aventure et progression sur arête rocheuse.

Atelier pitonnage pour Marion et Faustine- © Maxime Fiorani

Petit topotage pour la course du lendemain toutes ensemble pendant que les guides prennent l’apéro, une délicieuse forêt noire cuisinée au dernier moment par le gardien du refuge et des bougies qui brillent pour fêter l’anniversaire de Julia et au lit !

Dimanche 1er septembre, 4h45 :
En route pour la traversée des Écandies : course rocheuse et partiellement équipée. Terrain de jeu idéal de formation avec en prime, ambiance et panorama grandioses.

Le glacier du Trient étant ouvert et crevassé en fin de saison, nous accédons au col des Écandies par la fenêtre des chamois, à l’Est de la petite pointe d’Orny. Bien raide, il est équipé d’une corde fixe et permet d’accéder en moins d’une heure au col, point de départ de l’arête.

Superbe enchaînement de longueurs variées, où sous le regard attentif et bienveillant de nos guides, nous prenons tour à tour la tête de la cordée. Nous nous prêtons chacune à des petits exercices (“et hop on enlève toutes les sangles du baudrier comme ça vous apprendrez à vous servir des becquets !). Quelques challenges et dépassement de soi viennent également pimenter notre progression, toujours dans la simplicité et la bonne humeur, pour reprendre les mots de Max.

Challenge collectif pleinement relevé : le saut de l’ange. Petit trou de un mètre, volontairement creusé dans cette belle arête par on ne sait qui pour faire battre le coeur des alpinistes un peu plus fort pendant quelques secondes. On regarde le vide des deux côtés, la petite paroi de réception, on se rappelle les carreaux dans la cuisine, c’est vraiment pas pareil mais bon… on respire, on s’élance, et on se marre un bon coup !

LE fameux saut de l’ange – © Maxime Fiorani

La suite fut plus douce : dernier coup de cul pour arriver au sommet, les sourires, les tapes dans la main, la photo d’équipe, le rappel et la descente dans le long pierrier. Timing parfait, le ciel est bleu et nous nous accordons le luxe d’une dégustation de gâteau à la noisette et au chocolat de Lara avant d’aborder le chemin de descente. Erreur ou pas, nous nous prenons la pluie dans la dernière heure : habits mouillés mais estomac heureux !

Nous terminons cet incroyable week-end par les traditionnels mais indispensables débriefing et chocolat viennois au bar du coin ! Le visage de chacune est illuminé d’un beau sourire… et celui de Julia et Max aussi d’ailleurs, cela semble assez contagieux. Pour vous aussi ça a été contagieux ? 😉

Equipe 83% féminine au sommet – © Maxime Fiorani

Mille merci à nos guides et pensées aux filles absentes, à bientôt pour de nouvelles aventures toutes ensemble !

Faustine, avec Lara, Marie et Marion.

Et si vous aussi ça vous intéresse, quelques liens :

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